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Numérique et Covid-19 - épisode 1

La pandémie de Covid-19 est à la fois une opportunité de développer les usages numériques qui nous permettent de garder du lien alors que nous sommes confinés chez nous, mais aussi un test en vraie grandeur sans précédent pour tester la robustesse de nos infrastructures numériques. Voici, 2 jours après le début de la fermeture des universités, quelques informations sur ce que nous avons mis en place à l'université de Lille et quelques réflexions personnelles sur le versant numérique de l'événement.

Quelles actions pour adapter l'université au télétravail massif et à l'enseignement exclusivement à distance ?

Concernant le télétravail, il nous a fallu trouver suffisamment d'ordinateurs portables pour équiper les personnels en ayant besoin (principalement dans les services administratifs, les enseignants, enseignants-chercheurs et chercheurs sont déjà massivement équipés en portables). Ensuite, il faut assurer l'accès distant sécurisé aux données professionnelles. Pour certains services, l'accès se fait via un flux chiffré https (mail, intranet, travail collaboratif, etc), l'accès est donc possible depuis n'importe quelle machine, pour d'autres (logiciels métiers RH, finance, scolarité, etc), il faut passer par un client lourd spécifique, ce qui nécessite de chiffrer les flux d'information par un VPN. Nous avons multiplié par 5 la capacité de ce VPN pour absorber la charge et nous allons proposer très vite des solutions alternatives pour accéder aux partages de fichiers à distance qui combinent facilité d'utilisation et sécurité. En effet, une plateforme nextcloud dédiée est en test et devrait être déployée rapidement.

Le numérique étant le moyen de communication le plus efficace en cas de confinement, l'université le mobilise pour la communication de crise : diffusion de mails, page dédiée sur l'intranet, utilisation des réseaux sociaux, mise en place d'audio conférences pour la gestion de crise, etc.

Pour l'enseignement à distance, il y a à la fois le dimensionnement des infrastructures à revoir et l'accompagnement des enseignants vers des pratiques et des outils qu'ils n'ont pas tous l'habitude d'utiliser. Les serveurs des plateformes d'enseignement Moodle, Big Blue Button et POD ont été redimensionnés pour ces nouveaux usages et sont sous étroite surveillance. Pour l'accompagnement, la DIP met en place un cours Moodle avec des tutoriaux, des ressources pédagogiques et des forums pour faciliter l'entraide des enseignants. Un site regroupant des tutoriaux pour faciliter l'usage des outils numériques de l'université est en finition et devrait être déployé dans les heures qui viennent. Même si nous privilégions l'usage d'outils hébergés en interne ou sur des serveurs mutualisés nationalement pour le respect de la confidentialité des données de nos étudiants, nous évaluons les outils commerciaux qui pourraient aider à répartir la charge tout en sensibilisant les enseignants à en faire un usage raisonné.

Les infrastructures vont être fortement sollicitées. Le réseau est largement dimensionné et nous ne redoutons pas de congestion (voir la carte météo de Renater). La problématique se situe plutôt à l'autre bout des tuyaux, chez les personnels et les étudiants. Les connexions personnelles sont en effet de qualité très hétérogène et ne permettent pas forcément un accès confortable à des ressources gourmandes comme la vidéo. Du côté des serveurs, tout est sous surveillance et tient la charge relativement bien, sauf les outils de visio-conférence qui sont saturés. La vidéo étant nettement plus gourmande en bande passante que l'audio ou le texte, il faut en limiter l'utilisation aux usages les plus pertinents. Renater prévoit dès à présent des augmentations de capacité pour palier à cette saturation sur ses services RenaVisio et Rendez-vous, et recommande de ne pas utiliser ces outils pour l'enseignement. Les opérateurs privés appellent aussi au civisme pour réduire les usages récréatifs (vidéo et jeux) sur les réseaux téléphoniques.

Une mobilisation générale

La DGESIP du MESRI a proposé très rapidement des fiches pour aider les établissements et maintient une page regroupant les services qu'elle propose. Les universités numériques thématiques ont toutes réagit en proposant les ressources éducatives libres qu'elles référencent, des conseils ou des formations à l'enseignement à distance, ou encore des plateformes technologiques pour l'enseignement à distance. FUN MOOC a aussi proposé de réouvrir des MOOC gratuitement. Les entreprises de l'EdTech rivalisent aussi d'offres spéciales

Il y aura un avant et un après le Covid-19 pour l'appropriation par les enseignants du numérique et des techniques d'enseignement à distance. C'est une formidable opportunité pour diffuser les idées de l'Open Education et faire prendre conscience de la multitude d'outils disponibles. Je pense que ce sera aussi probablement une prise de conscience que la vidéo n'est pas la panacée et a un coût d'infrastructure, et donc un impact environnemental, important.

Et une grande fragilité

Car tous ces outils reposent sur des hommes et des femmes qui entretiennent ces infrastructures et font vivre ces organisations. Si trop d'entre eux ne peuvent pas assurer leur travail quotidien à cause de la maladie ou de la garde d'enfants, certains services risquent fort de ne plus être assurés ou de ne pas tenir la charge. Et enfin, certains vont être tentés de tester la résilience de nos infrastructures et de nos équipes et en profiteront pour les attaquer. La plateforme cybersurveillance.gouv.fr rappelle les bonnes pratiques en matière de sécurité numérique lors du télétravail et la vigilance particulière à avoir envers des arnaques exploitant la pandémie pour ne pas subir les virus informatiques en plus du virus biologique.

 

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Commentaires

Bonjour Pierre. Je suis membre de l'équipe IPTA de la DSI. J'apprécie les informations distillées, merci. Je vous suis aussi sur Twitter (ainsi que Cédric Foll). Dans votre texte, j'ai relevé ceci ; « l'accès est donc possible depuis n'importe quelle machine », c'est --à mon sens-- risqué d'écrire cela, car ça donne l'impression qu'on peut accéder au système d'information de l'université à partir d'un PC personnel... Ce que la DGS a démenti hier dans sa lettre d'information. Cordialement.

Bonjour Alain, merci de votre remarque qui me donne l'occasion de préciser : comme je le dis dans le texte, l'accès depuis n'importe quel machine est possible pour les services en https. Pour les autres, il faut passer par le VPN et pour les plus sensibles d'entre eux, uniquement depuis une machine configurée par la DSI.

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